Un article de Roland Cayrol que je vous conseille
je vous invite à lire cet article qui résume parfaitement bien ce que je pense du combat actuel pour la direction du parti socialiste. (Le parisien en date d'aujourd'hui)
"Directeur de recherche à Sciences Po, spécialiste de la vie politique française et du Parti socialiste notamment, conseiller spécial de l'institut CSA, Roland Cayrol décrypte la crise que connaît aujourd'hui le PS.
Est-ce la crise la plus importante traversée par le PS depuis sa création en 1971 ?
Roland Cayrol. Sur le plan politique, le PS a connu des crises graves.
Notamment, la fameuse et très violente opposition Mitterrand-Rocard, lors du congrès de Metz en 1979. Ou encore l'émiettement des courants au congrès de Rennes en 1990. Mais ces oppositions étaient liées à de vrais différenciations politiques. Il y avait des lignes différentes incarnées par des leaders différents. Cette fois, c'est une crise d'une tout autre nature pour le PS car, sur le fond, sur l'analyse de la crise financière ou la politique de Nicolas Sarkozy, tous les leaders sont d'accord.
Autrement dit, ce n'est qu'un conflit de personnes...
Oui. C'est l'affrontement des ambitions présidentielles. Et uniquement cela. Ce n'est en rien un conflit politique et il est rendu d'autant plus aigre qu'il est alimenté par des haines personnelles, pas par de vrais clivages.
Mais n'y-a-t-il pas deux lignes entre Martine Aubry et Benoît Hamon d'un côté, et Ségolène Royal de l'autre ?
Pas vraiment. Le plus important, c'est l'opposition à la personne de Ségolène Royal, à son caractère, à son tempérament, à son vocabulaire trop chrétien et maternel. Tout cela hérisse le poil de ses adversaires. Il y a aussi le sentiment qu'elle est trop proche du monde des médias et des sondages. Elle surfe sur l'opinion au lieu de s'occuper des militants. De surcroît, s'ajoute à ce constat une différence d'approche sur la nature même du parti. Royal est favorable à un parti qui soit adapté, pense-t-elle, aux institutions de la V° République et à l'élection présidentielle. Un parti plus à l'américaine où, pour attirer les militants, on ne les sollicite que peu financièrement et politiquement. Un parti de supporteurs. A l'inverse, Aubry a une conception plus classique du PS, avec des sections, des militants encartés et encadrés.
Selon vous, Aubry n'est pas plus à gauche que Royal ?
Non. C'est uniquement de l'habillage politique. A Reims, dans la commission des résolutions, ils ont passé la nuit à ne pas parler du fond de peur d'aboutir à un accord. Et il ne fallait pas qu'il y ait d'accord car il n'y avait pas d'accord sur les personnes. Ils font la même analyse de la situation et proposent les mêmes solutions pour sortir de la crise. Dans tous les congrès socialistes où on veut en découdre et faire appel aux militants, il est de bonne guerre de soupçonner les autres de vouloir s'allier avec le centre, c'est-à-dire avec la droite. Mais c'est de l'habillage car, là encore, ils proposent tous la même chose. A savoir : faire d'abord l'alliance de toutes les forces de gauche et ensuite voir venir. La seule nuance est que Royal dit plus clairement que pour gagner 50% des Français, il faudra bien s'élargir aux humanistes qui ne sont pas socialistes. Ses adversaires ne veulent pas le dire en congrès, mais ils le font... chez eux. Regardez Aubry à Lille.
Aujourd'hui, ce n'est pas en rassemblant la seule gauche que le PS peut gagner ?
Non. On n'est plus au temps de Mitterrand où le PC pesait plus de 20%. En 2008, il ne représente plus 2% ! Et la totalité de la gauche à peine 35%. La réalisme serait de se poser la question des alliances au lieu de tenir des discours incantatoires pour rassurer les Français victimes de la crise.
Royal a donc raison, le PS a besoin du centre ?
Oui. Le centre fera pencher le plateau de la balance d'un côté ou de l'autre au moment décisif.
Royal-Aubry, est-ce un combat entre ancien et moderne ?
Ségolène Royal essaie de faire prévaloir la rénovation sur deux terrains. 1. Celui du contenu : ne pas être prisonniers des dogmes socialistes, elle l'a déjà fait pendant la présidentielle. 2. Celui du renouvellement : faire monter une nouvelle génération. Sans doute, Martine Aubry a-t-elle du retard sur le sujet.
Une présidentialisation du PS est-elle une bonne chose ?
C'est inévitable dans un pays fondé sur un système présidentiel. Le leader doit être le candidat. De toutes façons, les règles actuelles du PS édictées par Lionel Jospin (élection au suffrage universel des militants du premier secrétaire) poussent à la présidentialisation.
Les militants sont-il plus modernistes que l'appareil du PS ?
Ils sont plus sensibles aux mouvements profonds de l'opinion, certainement. Mais aussi aux effets de mode.
Deux femmes pour prétendre à la tête du premier parti d'opposition, en soi c'est une preuve de modernisme...
C'est d'autant plus remarquable que peu de gens le souligne, trouvant cela tout à fait normal. C'est déjà un succès pour le PS.
«Ca dégénère ! s'inquiète Benoît Hamon. Il y a un risque de disparition du parti.» C'est possible ?
Je ne l'aurais pas cru jusqu'à maintenant. Il y a un intérêt commun très fort à appartenir à un grand parti structuré qui pèse sur l'échiquier politique. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il implosera dans les prochaines années si Ségolène Royal est élue. A l'inverse, si c'est Martine Aubry, il y a un risque de rupture, mais pas immédiatement. Ségolène Royal continuera le combat à l'intérieur du PS jusqu'à la désignation du candidat pour la présidentielle en 2011. Après, si elle n'est pas désignée, elle peut avoir la tentation de créer son propre parti pour se présenter.
Quel que soit le nom du premier secrétaire, dans quel état sortira le PS de cette crise ?
Avec une image très affaiblie. L'opinion est très critique à son égard, même celle de gauche qui lui reproche son nombrilisme.

















Quand j'entend renouveau à propos de madame Royal, ça me fait immédiatement penser à réforme pour sarkosy: un mot creux qui fait moderne et complétement vidé de toute substance
renouveau générationnel? combien d'année séparent les deux prétendantes? elles ont toutes deux émergé sous mitterrand et ne sont pas des perdrix de l'année!
quant aux soutiens de Ségolène: guerini, frêche, bianco... quelle jeunesse!!! c'est ridicule
renouveau des idées? encore faudrait il que madame royal ne change pas d'idées toutes les 5 minutes!
il s'agit en effet d'un choc des personnalités et c'est tout
madame royal n'est pas le renouveau de quoi que ce soit
le fait que la droite la mette autant en avant prouve bien qu'elle ne constitue pas un danger pour le gouvernement actuel
Rédigé par: tilt | jeudi 20 novembre 2008 at 11h32